vendredi 23 mai 2008

(N'en déplaise à mon père, je suis une aventurière)

Rendre visite à sa grand-mère, ça se mérite ! Toute cette histoire en fait n'est qu'un gros test organisé par le gouvernement pour savoir si je suis vraiment brésilienne. Je vous ai grillé les mecs !

Tout d'abord, le voyage en bus. Huit heures de joie à l'état pur. Enfin j'imagine, parce que personnellement, j'ai dormi comme une bûche. Mais avant ça, j'ai du trouver où mettre ma valise, échapper à la drague du conducteur de 70 piges, et me hisser dans le bus ("Non non ça va, j'arrive à monter toute seule, pas besoin de me tenir les fessses"). Je suis bénie des dieux niveau transports... Là je découvre l'intérieur du bus: fauteuils d'apparence moelleuse, air conditionné, de très jolies tablettes... Ce pays n'a peut-etre pas de fromages valables, mais ses bus ont la classe !
Je m'assois à ma place, aux cotés d'une jeune maman. Elle regarde son enfant avec un air de "Faites des gosses qu'ils disaient...". C'est pas l'instinct maternel qui me caractérise mais moi je le trouve mignon ce bébé, malgré toute cette bave. Pour réchauffer l'ambiance, je lui fais ma célèbre imitation de l'escargot. Vu comment il pleure, il a pas du saisir l'essence même de la performance. Oh mais c'est que ça fait du bruit ces choses là !! Hop, je lui fourre une paire de chaussettes dans la bouche, et on en parle plus.

Arrivée à Ipaui, 5h du matin, fraîche comme la rosé, l'oeil hagard et le cheveu en berne. J'entends un " Marrrrrrrrrrrrrriiiiiiiiiiia !!!!!!!!!!!!! ",
plein de discrétion à la brésilienne.









Ça y est, je suis rentrée au pays.







Mon oncle, très en forme lui, me saute dessus. Et que je te prend dans mes bras, et que je te trifouille les cheveux, et que je te pince les joues, non non j'insiste laisse moi porter ta valise, t'es sure que tu veux marcher, je peux te porter aussi, t'as faim, t'as soif, ta mère ça va, et ton père, et tes soeurs, et les chats, tu es sure que t'as pas faim??

Je le remercie vivement d'être venu me chercher aussi tôt. Il a osé me répondre "C'est rien, je me réveille tous les matins à 4h".
HEIN?????????!!!!

On arrive devant la maison de ma grand-mère. Elle y a déjà vécu il y a très longtemps, et vient juste d'y réaménager. Ma mère l'a connu, et cela reste pour elle la maison de son enfance. Il suffit de la voir pour comprendre pourquoi elle l'aime tant. Elle est sublime, et surtout, véhicule une histoire. C'était la première fois que je m'y rendais, et j'ai ressenti la nostalgie dont ces murs sont empreints. Quelque chose de lourd, de bien plus vieux que moi, qui te rend heureuse et en même temps te crève le coeur. De grandes pièces blanches, le soleil qui rentre dans tous les coins, une salle à manger donnant sur le jardin, un poulailler au fond de celui-ci, et quelques poussins pas farouches qui viennent te picorer les orteils...
Evidemment, cette maison serait sans vie s'il n'y avait pas la plus merveilleuse des grands-mères de la Terre et des galaxies voisines. La miiiiiiiienne !
Bon okay, je sais tout le monde dit que c'est le sienne la plus géniale, mais moi je vous dit que Vovo Nilza possède un niveau de coolitude inégalé. Les effusions de retrouvailles, après quatre ans passés l'une sans l'autre, furent de toutes beautés...

Elle- " C'était bien le voyage? Oh tu dois être fatiguée, va dormir fille !!
Moi- " Oh bah non ça va... aaaaarrrrhhhh miak miak (bâillement gracieux), bon okay, je vais peut-etre faire un petit somme."
Elle- " T'as faim? T'es trop maigre!"
Moi- " Non j'ai pas faim merci, et je suis pas vraiment anorexi...
Elle- " Mais si mais si je te dit que t'es maigre, viens manger quelque chose. Tu veux pas un bout de chocolat???????????? "
Moi- " Non je te jure que ça va, je vais juste dormir un peu."
Elle- " Bon d'accord, tu es sure que tu n'as pas faim hein?? "
Moi- " Nan."
Elle- " Voilà ta chambre, tu m'appelles si tu as faim !! "

(5 minutes plus tard)

"Comme tu as faim, je t'ai préparé ton petit déjeuner, va manger fille, c'est chaud!!"

Elle est encore plus attentionnée que tu ne l'imagines. Par contre, je la soupçonne de vouloir utiliser mon foie (devenu gras par ses soins) pour Noël prochain. Avec mes soeurs, on la surnomme "Grand-mère Feuillage", les êtres de culture qui ont vu Pocahontas comprendront. Elle est doucement tarée, me raconte des blagues dégueulasses, des histoires de sa jeunesse dépravée, et me répète à chaque fois que je sors sa phrase fétiche:

"Maria, tu peux embrasser autant que tu veux, mais surtout,
SERRE LES CUISSES!!"

Je ne pensais pas qu'une grand-mère était une personne avec qui on pouvait avoir des fous rires hystériques, et pourtant... Parfois en pleine nuit, elle soupire " Oh mon Seigneur Jésus-Christ ! "
Pourquoi? Seul Lui le sait...

Elle m'oblige tellement à me reposer que parfois ça me fatigue de dormir. Mais au moins je n'ai plus des cernes qui vont jusqu'en Russie. Par contre la douche, c'est à la fraîche ! Un seau d'eau, une boite de conserve de sauce tomate, et en avant jeunesse!! Si tu veux un oeuf, tu va le chercher direct "à la source". Les poules mangent de tout; de la pastèque, des crevettes, des bananes, des légumes, ... ça donne à l'oeuf une saveur exotique.

Tu l'as bien senti, ici on vit en contact avec la nature....... et inévitablement, il y a les moustiques. Beaucoup de braves sont tombés dans la constante bataille contre ces forces du mal. A Salvador, ils m'épargnaient. Ici, ils se lâchent totalement et se transforment en tueurs assoifés d'hémoglobine, sans foi ni loi... C'est un peu comme le don du sang, mais sans le sandwich à la fin (Charline et Laura sauront de quoi je parle)... Dans ces moments, je regrette fortement la présence de mon paternel plus-gringo-tu-crèves, car quand il est là, les moustiques préfèrent sa blanche chair normande à la mienne.
La nuit venue, l'air déjà lourd se charge des cris de tous les animaux de la Création. Les chiens hurlent à la mort, et je me surprend à rêver de boulettes de viande aromatisées au cyanure. Les oiseaux somnambules font une sur-boum, les souris sourissent autant qu'elles peuvent. Le coq tente d'impressionner ses poules par une puissant chant chargé de testostérone. Dommage pour lui (et pour moi), il a un chat dans la gorge, ça ressemble plus à un moteur qui a du mal à démarrer...
Résultat, en plus d'être toujours aux aguets, debout sur ton lit la carabine à la main, rapport aux moustiques, tu te tapes une symphonie à la sauce "Arche de Noé".
Ma solution: si t'arrives pas à dormir, et bah tu dors pas ! et OUAIS ! Lorsque toutes les forces de la nature se rebellent contre mon sommeil, je me mets à la fenêtre, et je regarde la lune avec l'air doux et rêveur des jeunes filles en plastron de dentelle. C'est là que j'ai remarqué que les petites villes brésiliennes ressemblent pas mal à Guérande la Médiévale... La nuit dans les rues, tu peux te balader nue à dos de licorne, personne ne bronchera.

Le peuple de cette ville est charmant. Quand tu marches dans la rue, il est de bon ton de saluer tout le monde; les caissières, le mécano, la boulangère, le vendeur de glaces, ... Mon préféré, c'est le professeur de judo sans élèves qui passe ses journées en kimono sur le perron de sa maison.

Mon oncle m'a emmené dans une école dont s'occupe l'ONG dans laquelle il bosse. J'ai appris à faire des poupées recyclées avec des bouteilles de sodas en plastique, l'atelier était tenu par un certain Mac Gyver. Le recyclage, c'est toujours utile pour briller dans les dîners. Donne moi une canette de Coca, et je te ferais un sous-marin! Ensuite je suis devenu super popines avec des petites filles en jupette et même qu'on s'est fait des tresses.

Je pars bientôt dans une autre ville pour le mariage de mon cousin, tout aussi paumée mais qui a le mérite d'avoir une plage. Croyez moi si vous le voulez, mais c'est mon tout premier mariage !
J'ai échappé à la robe de location, et c'est presque dommage ...

vendredi 16 mai 2008

(Titre)

Chers lecteurs, toutes mes excuses. Je suis actuellement en vadrouille dans le fin fond du Brésil et tenir à jour ce blog s'avère compliqué. Je suis venue visiter ma grand-mère, et lui apporter une une galette et un petit pot de beurre. Elle est à la tete d'une conspiration qui vise à faire éclater mon estomac, à grands coups de petits plats pleins d'amour. Si j'en réchappe, je vous raconterai tout... D'un point de vue etnologique, le peuple des petites villes bahianaises est d'une richesse surprenante !

A bientot les amis, pour de nouvelles aventures !!

mardi 6 mai 2008

(Coco veut un gâteau?)

Notre voisine est une personne gentille. Attachante même. C'est la soeur adoptive du beau frère de la nouvelle femme du meilleur ami du père de ma cousine. A moins que ça ne soit l'inverse.
Mais elle n'a pas une conversation des plus... stimulantes. Voilà ce que je subis chaque jour:

M- Bonjour Lua, tu vas bien?
L- Oui et toi?
M- Très bien merci.
L- Oh tu vas bien...
M- On est allée à la plage aujourd'hui.
L- Oh tu vous êtes allées à la plage hein...
M- C'était génial, on s'est bien amusées.
L- Oh vous vous êtes bien amusées hein...
M- L'eau était plutôt bonne
L- Oh l'eau était bonne hein...
M- Et après j'ai fait un gros caca que j'ai mangé.
L- Oh t'as fait un gros caca et tu l'a mangé hein...

Vous avez saisi l'essentiel...



Mes articles n'ont ni queue ni tete en ce moment, et peu m'importe. Voici une photo de Michelli (ma cousine pour ceux qui suivent!) partant en guerre. Bon en fait elle allait divorcer. Alors dites moi, il est pas genre super débile son ex?


(Ventilatueur)

Elsa (femme d'Aragon et non pas la chanteuse pour l'amour de Dieu) a eu la délicate attention de m'offrir un ventilateur de poche pour mon départ. Elle a aussi pensé au fromage de chèvre et au Chardonnay, mais c'est une autre histoire... Malheureusement, il n'est pas si aisé de s'endormir en tenant la bête avec la main. La dernière et unique fois que j'ai tenté, le coquin s'est retrouvé dans mes cheveux. Il m'a fallu les couper pour m'en sortir, et j'ai maintenant un trou de la forme d'une hélice sur le coté droit. C'est plutôt joli.

Alors je suis passée à l'ennemi, et j'ai opté pour le méga-ventilateur-de-taré. En cette période de célibat forcé, il est devenu le fidèle compagnon de mes jours et de mes nuits. Toujours là pour moi, jamais un mot plus haut que l'autre, il apporte une véritable bouffée d'air frais à ma vie. Néanmoins (big up à Paquito), c'est une relation ambiguë. Je l'aime et en même temps je le crains. Il se plaît à vaciller dangereusement sur son socle au dessus de ma tête, je m'attends à tout moment qu'il se décroche... Et là je me demande: me découpera t-il en tranches fines, ou s'envolera t-il par la fenêtre?

Pour l'instant il se tient tranquille, il se sait surveillé...


Cette photo n'a aucun rapport avec l'article vous allez me dire, mais en meme temps je fais ce que je veux ici. Je l'ai prise le jour de mes 18 ans, alors que j'étais encore jeune et naive...

Maintenant que j'ai 18 ans et demi, je suis carrément plus mature.

dimanche 4 mai 2008

(Ciment' à l'eau)

Tel que vous le voyez, ce jeune homme décharge son reste de ciment dans la nature, et en profite pour bien laver son camion. Parce que c'est un mec propre. Et puis, le ciment qui a bien vécu, il a quand même le droit d'aller finir ses jours peinard dans un endroit agréable. On va pas se mettre à dévaloriser les petites retraites hein?

Ce gros porc, et bien je vais lui péter la gueule.
Mais pour le moment, je me contente de l'insulter sur internet.

samedi 3 mai 2008

(Première sortie entre djeun's)

Le "Forol”, c’est dingue. Le samedi soir, tout ce que la ville compte de moins de 30 ans (après c’est les vieux) se retrouvent au bord de la mer et s'entasse dans des cabanes en bois de la taille d'un hangar. La musique n'est pas du meilleur goût, la morale m'interdit de traduire les paroles ici. Les chanteurs ont la nuque longue, un air d'Emile & Images et se déchaînent grave sur leur synthé. C'est une sorte de lambada, qui n'est pas que le titre d'une chanson, mais un genre à part entière au Brésil. C'est sen-suel voyez? Enfin, ça l'était un peu moins après les douze hectolitres de bière que nous nous sommes enfilés avec Michelli et mon cousin Igor (!)... J'ouvre une parenthèse qui me parait essentielle: la bière du Brésil, bah c'est pas celle de la France. "Logique" me direz-vous. Ce que je veux dire, c'est que non seulement il y a une différence de saveur, mais aussi de mode de consommation. Ici la bière, c'est quasiment une question de survie. Et ça serait dommage de mourir déshydraté hein? Elle est toujours glacée, suave, et sait se montrer fourbe. A la fin de la soirée, mes 27 centimètres de talons et moi, nous étions en total désaccord artistique.

On s'est déhanchés comme des malades pendant des heures sur des tubes populaires dont je ne comprenais que la moitié. Mais bon, à partir du moment où ça fait du bruit, tu sais que ça se danse. Je me suis retrouvée par erreur collée et très très serrée contre un jeune homme qui pensait savoir parler français. Deux pas par là, deux par ici, ça a l'air facile, et pourtant... Quelques passes de rock de temps à autre si le mec est en forme. On mélange nos sueurs, notre alcoolémie, on est tout content. Au bout d'un moment, Michelli et moi avons décrété que les garçons auraient pu se donner la peine d'être beaux et spirituels. Mais comme il n'y avait aucune bonne volonté de leur part, autant danser toutes les deux. Immédiatement, une bande de boulets phallocrates (qui a une époque ont été des hommes) nous ont encerclées, avec des regards de hyènes... Autrement, le mâle brésilien est plutôt attachant, bien qu'il matte tout ce qui bouge, à partir du moment où ça ne mange pas de croquettes. En tous cas ce fut une soirée méga chouette, le tout pour 5 euros (gnark gnark). J'ai commencé une collection de capsules de bière pour Léo. Bon j'en ai trois pour l'instant, mais j'ai bon espoir !

jeudi 1 mai 2008

(É doce morrer no mar)

Vendredi 25 Avril de l'an de grâce 2008

Je suis allée me balader avec Michelli dans son quartier au bord de la mer, sur la plage où tous les 2 février, les brésiliens font des offrandes à Iemanjá, la déesse "orixas" des eaux vives. La religion des orixas, qui ressemble plus à une philosophie qu'à un véritable culte, a une place importante dans la vie quotidienne des brésiliens. L'acarajè que nous avons dégusté après est lui aussi empreint cette culture. C'est une sorte beignet, avec une pâte d'haricots (feijao), cuit dans l'huile de palme (dendé) et servi avec une salade de tomates vertes et des crevettes. Dit comme ça, je suis pas sure que ça donne extrêmement envie, mais c'est ulra bon... La préparation de l'acarajè est très ritualisée. Les cuisinières sont vêtues de blanc, avec tout plein de perles de couleur et les cheveux entourés de tissus. Mais surtout, on ne peut trouver ce plat qu'à partir de 18h, quand le vent vient de la mer, et répand la délicieuse odeur dans toute la ville, en l'honneur des divinités.


Plus tard, il y eu une boum chez ma marraine. Un écrivain du nom de Ricardo (déjà que le nom est sexy, t'imagine le mec) m'a dédicacé un livre qui parle de Paris et de la Bahia. Il a même marqué "Para a querida Maria", alors je me sentais plus ! Ce mec, qui n'a pas mangé de viande depuis 13 ans, était en train de s'enfiler de la carna do sol (viande de boeuf séchée) en pensant que c'était des crevettes... Après, la copine sous acides de ma marraine nous a fait un strip-tease, et j'ai fumé la spécialité locale avec le responsable de la Culture de Salvador. Au final, je suis restée scotchée quarante-cinq minutes sur les palmiers illuminés, alors prenez la peine de regarder comme c'est joli...